Invasives vous avez dit ?

Depuis plusieurs dizaines d’années, les plantes invasives ont envahi différents écosystèmes, finissant par les banaliser. En effet, qui n’a jamais vu ces immenses massifs de plantes le long des berges de nos cours d’eau ou des voies ferrées et qui ont l’air de former un seul bloc continu?
Elles s’appellent renouée du Japon, balsamine de l’Himalaya, berce du Caucase ou encore arbre à papillons,… Elles ont en commun la particularité d’être des espèces introduites par l’homme sur notre territoire et d’y causer des nuisances non négligeables. A tel point d’ailleurs qu’elles (ainsi que leurs homologues animaux) représentent la deuxième cause d’extinction des espèces au niveau mondial.

Propagation



Les cours d’eau sont les vecteurs principaux de l’expansion de ces plantes. En effet, ils représentent des milieux continuellement perturbés (par les crues et l’érosion), favorables à la colonisation par les espèces pionnières que sont la plupart des plantes invasives. L’absence de compétition pour les ressources nutritives et l’abondance de ces dernières dans les cours d’eau en font des milieux de prédilection pour ces végétaux.
Le caractère invasif leur est conféré par leur potentiel reproducteur particulièrement élevé, mais également par le manque de prédation auquel ils sont sujets. Car l’introduction de ces plantes allochtones dans nos contrées s’est faite sans leurs ennemis naturels spécifiques (herbivores, pathogènes).

 

Les principales espèces

Voici une très brève description de trois invasives courantes :

Renouée du Japon Fallopia japonica
Introduite vers 1882 en Belgique comme plante ornementale et fixatrice des sols, elle est maintenant présente partout. Cette grande Polygonacée peut atteindre 2 à 3 m de haut et avoir des feuilles de 15 cm de long sur plus de 10 cm de large. La plante ne se reproduit pas chez nous de manière sexuée car il n’y a pas de plants mâles, l’espèce étant dioïque. Ce déficit est nettement compensé par une reproduction végétative très efficace. Ses rhizomes peuvent former rapidement un réseau très dense, d’une longueur allant jusqu’à 15-20 mètres. De cette tige souterraine, se développent des tiges aériennes serrées les unes à côté des autres et finissant par former rapidement un massif impénétrable.

Ces caractéristiques font qu’aucune autre plante ne résiste, elles étouffent littéralement. Pour parfaire son « art de la guerre », elle s’est dotée de substances allélopathiques qu’elle sécrète dans le sol et qui provoquent la mort des autres végétaux par nécrose du système racinaire. Notons encore sa capacité à régénérer : à partir de petits fragments de tiges ou de racines (6 mm suffisent) peut se reformer une plante entière et donc un nouveau massif.
Il existe une deuxième espèce de renouée très semblable bien qu’un peu plus grande : la Renouée de Sakhaline Fallopia sachalinensis. Reste encore Fallopia x bohemica, l’hybride entre ces deux dernières.

Balsamine de l’Himalaya Impatiens glandulifera

Cette belle plante a été introduite au début du XXe siècle dans le Nord du pays à des fins ornementales. Depuis, on la retrouve un peu partout. Plus petite que la Renouée du Japon (1 à 2,5 m de hauteur), elle n’en est pas moins agressive. Un seul individu peut produire de 800 à 2500 graines qui sont projetées vigoureusement hors du fruit jusqu’à 6 mètres de là, et peuvent être disséminées par le cours d’eau. La balsamine peut également se reproduire par bouturage, ce qui lui permet de coloniser très rapidement l’aval du cours d’eau lors des crues.

Les différents plants de balsamine forment des massifs assez denses laissant peu de chances aux plantes indigènes. C’est une plante annuelle très déstabilisante pour les berges qui sont laissées nues en hiver, sans protection contre le gel et les crues. De plus, leur nectar très sucré monopolise les pollinisateurs, induisant une réduction de la diversité floristique du milieu.

Berce du Caucase Heracleum mantegazzianum

La berce du Caucase est présente chez nous depuis moins longtemps que les deux autres. Elle a été introduite à partir de 1930 pour ses qualités ornementales et mellifères. Pour l’instant, elle n’est pas encore trop envahissante, elle reste à l’état isolé ou par petits groupes, mais elle est à surveiller de très près car elle peut devenir redoutable. Pouvant mesurer de 2 à 5 mètres, cette Apiacée s’impose comme étant la plante herbacée la plus grande d’Europe. Ses immenses feuilles, d’une longueur de 50 cm à 1 m et d’une largeur de 30 cm à 70 cm, en font une grande compétitrice pour la lumière. Peu de rayons arrivent au sol et la végétation en place finit par dépérir. Lorsque les parties aériennes de la berce du Caucase meurent à la mauvaise saison, le sol est alors mis à nu et devient sujet à l’érosion. Celle-ci a aussi a lieu durant la bonne saison car la plante ne possède pas de racines stabilisantes (tout comme la balsamine d’ailleurs).
La reproduction de la berce du Caucase est aussi très efficace. Après 3 ou 4 ans passés à accumuler des réserves, elle produira pas moins de 5000 à 20000 graines avant de mourir. L’adaptation de cette plante aux milieux humides se marque jusque dans la forme de la graine qui lui permet de flotter.Une dernière bonne raison de se méfier de cet envahisseur est la présence dans sa sève de furanocoumarines. Ces substances chimiques photosensibilisantes (ou photodynamisante) provoquent des brûlures sur la peau lorsqu’on rentre en contact avec la sève et sous une exposition prolongée au soleil.

D’autres invasives
Ces trois plantes sont les plus connues de nos invasives parce que les plus représentées dans notre région. Ce ne sont cependant pas les seules même si les autres sont moins « agressives » envers nos milieux. Voici le nom de quelques unes d’entre elles :

 

  • Aster lanceolatus
  • Aster novi-belgii
  • Aster salignus
  • Helianthus tuberosus
  • Rhododendron ponticum
  • Rosa rugosa

 

  • Senecio inaequidens
  • Solidago canadensis
  • Solidago gigantea
  • Prunus serotina
  • Azolla filiculoides
  • Elodea canadensis

  

  • Hydrocotyle ranunculoides
  • Impatiens parviflora
  • Myriophyllum aquaticum
  • Buddleja davidii

Objectifs d’AD&N

En raison de tous les impacts négatifs qu’engendrent la présence de ces plantes invasives, il s’avère nécessaire de réagir et, si pas d’endiguer cette invasion, au moins tenter de la limiter.
Nous n’avons pas la prétention de trouver une solution au fléau que représentent les plantes invasives mais nous essayons, par des actions ciblées et localisées, de protéger certains sites. Ainsi, nous agissons dans deux types de milieux :
– les têtes de ruisseaux d’amont en aval
– la proximité des sites d’intérêt biologique (mares, zones humides, réserves, biotopes
particuliers,…)

Nos sites d’action :

  • SGIB de Spixhe : Renouée du Japon
  • Mare didactique de Juslenville : Renouée du Japon
  • Berges de la Hoëgne : Balsamine de l’Himalaya, en collaboration avec le Contrat de Rivière Vesdre
  • L’eau Rouge à Winamplanche : Renouée du Japon (invasion finie)
  • Lac de Warfaaz : Balsamine de l’Himalaya (invasion finie)

Soutenir le projet

Venez nous rejoindre sur le terrain lors de nos opérations « invasives ». Voir notre agenda.

Littérature et ouvrages recommandés

Voici toujours quelques liens intéressants :
FUSAGx – Laboratoire d’écologie http://www.fsagx.ac.be/ec
Portail des espèces invasives en Wallonie : http://biodiversite.wallonie.be/fr/invasives.html?IDC=5632
Belgian Biodiversity Platform http://www.biodiversity.be/
Conservation des Plantes Sauvages (Suisse) http://www.cps-skew.ch/