Qu’est-ce qu’un arbre têtard ?

Un arbre têtard, ou trogne, est un arbre régulièrement taillé régulièrement de manière à former une « touffe » de branchages au-dessus d’un tronc relativement cours. La taille pratiquée consiste en un étêtage qui peut être réalisé tous les ans ou tous les 2 à 6 ans. La coupe brutale et régulière de toute la « tête » de l’arbre favorise l’apparition de bourrelets cicatriciels et la mise en activités des bourgeons dormants qui forment ainsi par leur croissance l’apparition de broussins (touffes).

Toutes les espèces ligneuses ne se prêtent pas à ce type de pratique. Les « têtards » les plus rencontrés sont le Saule et le Frêne. Ensuite par ordre d’importance chez nous, nous trouvons le Charme, le Chêne, l’Aulne, le Tilleul et le Chateigner.

Ce type de taille conduit l’arbre a prendre une forme caractéristique : tronc relativement cours et grosse tête d’où partent les branches. Cette grosse tête résulte des bourrelets cicatriciels et des broussins qui se développent suite à un étêtage répété.

 

Comment obtenir et entretenir un arbre têtard ?

Si la formation et l’entretien sont communes aux différentes essences, l’étape initiale peut varier.

Le Saule : le Saule est une essence qui se prête bien au bouturage. Après l’étêtage d’un « vieil » arbre, les sections de branches rectilignes de 5 à 15 cm de diamètre et de 3 m de long sont récupérées et mises en terre pendant l’hiver (>50 cm dans le sol). Des branches de dimensions inférieures peuvent bien sûr être également utilisées mais on perd alors un ou deux ans de croissance et le nouvel alignement est moins marqué.

Pendant la bonne saison, ce bâton appelé « plançon » va prendre racine et les bourgeons dormants vont donner de nouvelles branches. L’utilisation de plançons plutôt que de semis permet de gagner quelques années de croissance.
Notez qu’il existe de nombreuses espèces et cultivars de Saules qui peuvent, en outre s’hybrider facilement. Dans la mesure du possible, choisissez vos plançons sur des arbres dans une station similaire au lieu de plantation (caractéristiques édaphiques, trophiques et climatiques). LEs espèces les plus rencontrées en têtards sont le Saule blanc Salix alba et le Saule fragile S. fragilis.

 

Le Frêne et autres essences : Ici, pas de bouturage possible, il faut obligatoirement passer par les différents stades naturels : graine-germination-croissance… Afin de gagner du temps, il est possible de prélever de jeunes plants (1 à 4m) dans les zones de régénération forestière naturelle (voir avec le forestier), le long des chemins où ils seront broyés, dans les terrains vagues,… Après quelques années, lorsque l’arbre a atteint une hauteur de quelques mètres, il ne reste plus qu’à l’étêter à la hauteur voulue, puis de répéter cette opération régulièrement (après deux ans puis tous les 4-6 ans).

Après la plantation, viennent la formation et l’entretien (étapes identiques quelle que soit l’essence)
Après mise en terre du plançon ou premier étêtage d’un plants, il va y avoir une levée de dormance des bourgeons dormants restés en latence sous l’écorce jusqu’à présent. Cet état est dû à une inhibition hormonale qui favorise habituellement la croissance des bourgeons terminaux (donc en hauteur). Ces bourgeons “dormants” ne se développent que lorsque cette inhibition est levée ou en cas de stress (ici, l’étêtage).

 

Le schéma ci-dessus montre la formation d’un arbre têtard. Pendant les premières années, plusieurs passages sont nécessaires pour éliminer les branches poussant sur le tronc afin de ne laisser que celles du sommet. De taille en taille, le bourrelet va grossir, se creuser,… et donner un superbe têtard.
Lors des tailles, les tiges ne doivent pas dépasser 15 cm de diamètre. Suivant les essences, un arbre peut les atteindre plus ou moins vite (5 à 10 ans pour le Frêne et les Saules ou 10 à 20 ans pour le Chêne et le Charme). En règle générale, il faut veiller à tailler toutes les tiges se trouvant sur la tête car les tiges restantes risqueront d’accaparer trop d’énergie au détriment des nouvelles qui apparaîtront.

Autrefois, les arbres taillés en têtards étaient nombreux dans nos régions. Isolés, ils faisaient office de bornes, alignés, ils permettaient de délimiter les parcelles. Cette taille était très usitée par nos aïeux : donnant du bois de chauffage, de l’osier destiné à la vannerie (le saule est alors taillé tous les ans), comme fourrage d’appoint, piquets de clôture et bien d’autres utilisations. Combiner plusieurs utilisations du sol sol était une pratique intéressante; ainsi sur une même parcelle, les agriculteurs pouvaient faire pâturer les bêtes tout en profitant d’une production de bois. Actuellement, les pratiques d’agroforesteries font tout doucement leur retour après plusieurs décénies d’abandon quasi-total. D’un point de vue paysager, les arbres têtards sont très appréciés, il suffit de voir le nombre de peintures dans lesquels ils figurent.

 

Quel sont les intérêts actuels des arbres têtards ?

Écologique :

• Leur principal intérêt vient du fait qu’en vieillissant, de nombreuses cavités se forment suite aux coupes répétées : les blessures cicatrisent mal permettant l’installation de nombreux insectes xylophages et de champignons qui vont ainsi altérer et creuser le bois. Ce phénomène est accentué avec le dépôt de feuilles et autres matériaux organiques dans les creux qui s’y accumulent puis se décomposent. Ces cavités permettent la nidification de nombreuses espèces d’oiseaux cavernicoles (Chouette chevêche, Mésanges, Sittelle, Rougequeue à front blanc…) ainsi que la présence de chiroptères et de nombreux insectes… Ces cavités naturelles sont d’un très grand intérêt du fait de leur rareté dans notre environnement (disparition progressive du réseau bocager), elles sont propices à l’accueil de la faune.

• Outre les espèces cavernicoles, la présence d’arbres en milieu ouvert permet le maintien d’organismes auxiliaires des cultures. Les batraciens trouveront des abris humides aux pieds des arbres ou dans leurs cavités lorsqu’ils sont creux. Elle permettra également l’accueil de Hérissons, de Fouines, d’insectes xylophages tels que les Cerambycidae (voir l’Aromie musquee Aromia muschata ci-contre),…

• La présence d’arbres en milieu ouvert permet la nidification de nombreuses espèces d’oiseaux outre les cavernicoles.

• Ces arbres servent de relais pendant les déplacements des animaux, leurs migrations,… Ils y trouvent un abri et une source de nourriture. Les arbres têtards font donc partie intégrante du maillage écologique.
Paysager

Pas besoin d’une longue description ! Que choisiriez-vous entre un paysage dépourvu d’arbres et un paysage avec des arbres disséminés ici et là voire en bosquets ou en alignements ?
Les alignements d’arbres diversifient nos paysages, soulignent les routes,… Ils accrochent l’oeil et cassent le monotonie des zones agricoles.

Economique

• L’effet brise-vent, l’effet de rétention de l’eau dans le sol, la lutte contre l’érosion et la fixation des sols, l’aération du sol, ont des effets directs sur les rendements agricoles, tout comme les haies plus classiques. De plus, ces effetes vont permettre la mise en place et le maintien de toute une microfaune du sol indispensable au bon fonctionnement de ceux-ci. En milieu humide, les arbres têtards agissent tels des pompes, assainissant localement le terrain et le drainant.

• production de bois de chauffage

• abris pour le bétail en pâture

Il faut également savoir qu’une position réfléchie des alignements d’arbres têtards ne provoque aucune baisse du rendement et n’entrave nullement le passage des machines. Les membres de l’ADN sont naturalistes certes mais nous sommes également tous agronomes. Avec les propriétaires, nous essayons de mettre en place des alignements permettant de ne rien changer au système d’exploitation mais également de rendre possible l’accès aux primes agri-environnementales correspondantes (méthode 1).

Qu’oppose-t-on généralement à la présence d’arbres têtards ?

L’entrave à la mécanisation.
Les arbres têtard sont taillés à 2-3 mètres de haut. Les branches qui partent du bourrelet sont pour la plupart dirigées vers le haut (Saules, Frênes), permettant ainsi aux machines agricoles de passer. Un alignement dans une clôture ou des arbres dans les angles d’une parcelle ne peuvent donc entraver une machine aussi grosse fut-elle puisqu’elle ne passe de toute façon pas par là.
La présence des arbres empêche l’herbe de pousser.
Les Frênes et les Saules sont des essences dont le houppier laisse passer beaucoup de lumière, d’autant plus qu’ils ne sont jamais bien hauts ni épais puisque continuellement taillés.
Cependant, il est vrai que l’herbe poussera peut-être moins bien juste à la base du tronc mais il faut également tenir compte d’autres avantages tels que l’apport de matière organique par la chute des feuilles (remontée d’éléments minéraux), l’ombrage procuré au bétail en été et l’abri pendant les intempéries,…
L’entretien des arbres demande beaucoup de temps.
Il est vrai que tous les 5 à 15 ans selon les essences, il est nécessaire de tailler les arbres Mais cela laisse tout de même quelques année de répit si nous comparons avec une haie plus classique. De plus, dans le cas du Frêne, il y a une importante production de bois de chauffage de qualité qu’il est possible de valoriser par une consommation personnelle, par sa vente ou encore par l’échange du bois contre la taille. Vu la flambée des prix des produits pétroliers, cette production non négligeable de bois est économiquement intéressante.
Notez qu’ADN se charge bénévolement des plantations ainsi que de l’entretien futur.
Il faut également garder à l’esprit la rentrée financière générée pas les primes MAE

Objectifs d’AD&N

Compte-tenu de la régression globale des haies et alignements d’arbres dans nos paysages et compte-tenu de leur importance dans le maillage écologique local, AD&N a pour objectifs de maintenir un maximum d’abres sur pieds et de mettre en terre de nouveaux alignements sans contraintes majeures pour l’exploitation agricole. Il s’agit avant tout de contribuer au maintien de notre environnement naturel, d’inciter à la restauration de ces arbres (valeur patrimoniale, paysagère et écologique) et d’encourager leur prise en compte par les élus et les particuliers dans le cadre de la conservation des paysages et de la biodiversité.

Soutenir le projet

Vous disposez d’un terrain dépourvu de haies ? Vous connaissez quelqu’un qui en possède ?
N’hésitez pas à prendre contact avec nous pour plus de renseignements. Nous serons heureux de voir avec vous ce qu’il est possible de faire.
Vous pouvez également nous aider par des dons matériels (outillage,…) ou financiers.

Littérature et ouvrages recommandés

Les vergers traditionnels et les alignements d’arbres têtards : histoire, répartition, biodiversité et mesure de sauvegarde
Jean-Luc Coppée et Claudy Noiret (Les Bocages asbl)

Depuis le début des années cinquante, la superficie occupée par le verger traditionnel a diminué de plus de 99 % en Wallonie. Il a tout d’abord cédé du terrain face aux campagnes d’abattage encouragées par des primes octroyées par la C.E.E. dans les années septante. Dans les années quatre-vingt c’est la pression immobilière qui est venue s’ajouter à cette situation déjà catastrophique. Depuis, le nombre d’hectares de plantations et cultures fruitières est en permanente régression.

La situation des arbres têtards n’est guère plus reluisante, tantôt ils sont la proie du remembrement tantôt ils dépérissent par manque d’entretien. Jadis foisonnant le long des cours d’eau et dans les zones humides ce patrimoine vivant est menacé tout autant que ces milieux, entraînant une perte de tout un pan de la biodiversité locale.

Les vergers traditionnels et les alignements d’arbres têtards sont …suite

Les trognes en Europe : rencontre autour des arbres têtards et des arbres d’émonde
Maison Botanique – Centre Européen des Trognes
Actes du 1er colloque Européen sur les trognes

Ce livre, abondamment illustré en couleur,nous restitue les interventions et la passion de26 intervenants venus de 8 pays d’Europe,offrant une somme de connaissances et d’expériences enfin disponible en français.Pour la 1e fois, un colloque européen sur les arbres têtards et d’émonde a été proposé, à l’initiative de la Maison Botanique. Ces trognes, présentes dans nos paysages depuis des siècles, invention du génie paysan, étaient jusque là presque passées inaperçues. Et pourtant quel monde ! Pourvoyeuses de bois-énergie, de bois d’oeuvre ou de fourrage, ce sont de véritables centrales à production renouvelable.
Elles hébergent tout un cortège d’espèces, marquent les paysages et sont représentées dans la peinture depuis des centaines d’années …

Disponible à la Maison Botanique de Boursay